Abbaye de Keur Moussa

Introduction

C'est en 1964 qu'un ami du monastère de Keur Moussa donna aux moines une kora. Personne n'étant capable de s'en servir, ni même de l'accorder, parmi les neuf européens arrivés au Sénégal, deux joueurs de koras, appelés jeeli (prononcer : dgéli) dans l'éthnie mandingue qui détient la kora, furent invités à passer quelques jours au monastère. Après avoir accordé l'instrument, ils remplirent le cloître de ses sons harmonieux. C'est alors que vint l'idée d'accompagner les psaumes par les arpèges de nos koraïstes socés. Tandis qu'ils célébraient sur leur cordes les gestes des Ancêtres, les moines chantaient en choeur sur un mode grégorien en parfaite harmonie avec la mélodie africaine :
« Louez le Seigneur par la harpe et la cithare ! » (Ps 150)

Le f. Dominique découvre la kora
Le f. Dominique
découvre la kora

L'essai, dont on a conservé l'enregistrement, emporta notre adhésion : la kora était l'instrument idéal d'accompagnement des psaumes. Depuis lors, elle n'a pas cessé de se faire entendre, en accompagnement ou seule, interprétant des interludes, inspirés ou non d'airs africains, soutenant joyeusement la prière chantée.

Mais privés de leurs virtuoses, les nouveaux troubadours de Dieu durent se former seuls, aidés seulement d'une petite méthode de 40 pages, rédigée en 1963 par Monsieur Anumu Petro Santos, alors directeur de la section Musique africaine à l'École des Arts du Sénégal. Cette méthode fournissait de précieux renseignements sur les trois gammes traditionnelles et quelques exemples notés, recueillis par l'auteur auprès du célèbre koraïste mandingue Mamadou Kouyaté, qui enseignait la kora à la même École des Arts.

Cette absence de maîtres auprès de nous eut l'inconvénient de nous priver de l'enseignement traditionnel de la kora et de sa technique. Cette Initiation ne comportera donc pas cet enseignement, et elle ne prétend pas non plus la remplacer, encore moins le contredire. Grâce aux enregistrements des Jeelis traditionnels, et de leurs généreux conseils, nous avons tenté d'assimiler au mieux ce que notre vie de prière pouvait recueillir du bel héritage des Maîtres Mandingues. Finalement, ce fut pour nous un enrichissement humain et spirituel qui a vérifié une des idées maîtresses du poète Léopold Sédar Senghor : « Le métissage culturel est toujours source de progrès ».

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