La lettre aux Amis n°70
Chronique des Sœurs Servantes des Pauvres
L'année 2009 s'est ouverte sur un Sénégal frileux ! Jamais, aux dires des anciens, la température du mois de janvier n'aura été aussi basse. Ainsi bonnets, gilets, pulls, couvertures sont de rigueur pour affronter le vent du large soufflant largement dans les rues de la capitale et refroidissant les maisons. Rien de comparable avec l'hiver qui sévit en Europe, mais ce rythme saisonnier normal avec des manifestations rigoureuses affecte grandement les pauvres de tous pays. Puisse la solidarité universelle étendre ses bienfaits sur tant de malheureux qui n'ont pour maison que la rue et pour se couvrir que de vieux cartons ou de misérables chiffons !
En cette période, nos deux dispensaires voient affluer les brûlés de toutes sortes, enfants comme adultes. Le feu, si utile, est un danger redoutable lorsque les précautions nécessaires ne sont pas respectées, ce qui est souvent le cas ici.
Bien d'autres maux sont l'objet de pansements nombreux et variés au point d'atteindre une moyenne de soixante personnes par jour ce qui représente un gros travail pour les deux soignantes, aidées, à Dakar, par des stagiaires et des aides bénévoles : femmes de militaires français disponibles et autres personnes, telle cette femme dont le mari travaille à l'Ambassade américaine, très assidue et compétente. Les autres femmes de militaires se partagent sur quatre jours par semaine pour de petits travaux comme la préparation de compresses, la mise en sachet du savon et de la farine, etc. C'est un plaisir pour elles de rendre service et de pouvoir bavarder à leur aise.
Ainsi, avec tant de patients et de soignantes, la salle de pansements est devenue trop petite. Il faut donc envisager de l'agrandir ce qui se fera prochainement en prenant l'actuel laboratoire jouxtant cette salle et en construisant un ensemble de locaux pour abriter le labo et les soins pour enfants. De ce côté également, les enfants étant les plus nombreux, il y a nécessité d'aménager la salle de consultations actuelle pour la diviser en deux box séparés du reste par un mur et deux portes ce qui permettra d'avoir davantage de calme et de discrétion pour les consultantes et moins de va-et-vient pour les mamans et leurs enfants. Les petits ayant besoin de repos ou de perfusions trouveront aussi un local approprié dans la nouvelle construction.
Les mois d'octobre et de novembre ont été marqués par une très forte augmentation de cas de paludisme. Perfusions et injections de quinine ont eu raison de la maladie. Seule une petite fille est venue mourir au dispensaire avant même d'avoir reçu le traitement, la démarche ayant été trop tardive après les premiers symptômes. Ainsi nos Centres continuent d'aider la population par leurs activités : consultations et soins des malades, pansements, vaccinations, consultations prénatales, planification familiale des naissances, examens de laboratoire et en extra : fabrication de savon spécifique pour les maladies de la peau et fabrication de farine pour les enfants dénutris. La fabrication du savon et de la farine demande beaucoup de démarches afin de trouver la matière première à bon prix.
Nous avons la chance de bénéficier de la sympathie du superviseur des gardiens qui assurent la sécurité au dispensaire jour et nuit. Athanase est un homme de confiance, dévoué et d'une discrète gentillesse. De plus il connaît Dakar et les environs comme sa poche ce qui nous permet d'obtenir maïs, arachides, beurre de karité, huile, etc., dans les meilleures conditions et d'en faire profiter nos sœurs de Keur Moussa.
En février dernier, 150e anniversaire des apparitions de Notre-Dame à Lourdes, nous avons participé au pèlerinage des malades à Poponguine, présidé par l'Évêque de Ziguinchor. Avec les nombreux malades et accompagnateurs nous avons profité de ce jour pour faire notre « jubilé ».
Keur Moussa est un lieu qui nous attire, tant parce qu'il nous permet de retrouver nos sœurs que pour participer aux offices de l'Abbaye. Aussi, dès que nous le pouvons nous affrontons l'intense circulation pour jouir du calme si propice à la prière, laissant pour un temps les bruits de la ville.
Quant à nos sœurs de Keur Moussa, leur activité médicale est semblable à la nôtre. Toutefois leur vie communautaire est plus élargie que la nôtre en raison de l'accueil des sœurs d'autres congrégations désirant faire récollections ou retraites dans les locaux réservés à cet effet. Par ailleurs, des personnes désireuses d'aider viennent, pendant plusieurs semaines, faire des travaux de couture. Médecins, infirmières, stagiaires se succèdent au dispensaire apportant leur savoir et leur compétence. De plus, elles sont engagées dans la pastorale en faisant le catéchisme et l'accompagnement de femmes catholiques. Dernièrement elles ont animé une colonie de vacances. En effet, un groupe de jeunes de Segré, en France, est venu pendant plusieurs semaines pour des travaux de restauration de locaux. Ils ont aussi initié des jeunes à encadrer des enfants pour leurs loisirs. Cette première expérience satisfaisante se renouvellera au mois de juillet prochain. La proximité de l'abbaye permet à tous de profiter au maximum des offices et d'avoir un soutien spirituel et de faire appel aux frères en cas de difficultés matérielles.
Quant à nous, à Dakar, chaque matin nous participons à la messe dans notre église du Sacré-Cœur, sauf le mardi où un prêtre de la paroisse vient chez nous, et le jeudi, jour où la messe est assurée par l'actuel aumônier militaire en remplacement de l'Abbé Édouard, trop pris par sa petite paroisse Saint-Pierre du Port. Nous accueillons souvent aussi nos frères de Keur Moussa pour notre célébration eucharistique lorsqu'ils sont de passage à Dakar. Nous aimons fêter le Sacré-Cœur, le jour de la fête patronale, en participant à l'étonnante procession aux flambeaux autour de la place de l'Indépendance, drainant un très grand nombre de paroissiens et de personnes attirées par cette manifestation. Nous sommes trop peu nombreuses pour assurer les activités autres que médicales, mais une sœur fait cependant partie du Conseil paroissial et une autre, catéchiste émérite, assure chaque samedi la supervision de la catéchèse à la chapelle Saint-Laurent.
Ainsi nous essayons de vivre notre charisme de Servantes des Pauvres parmi cette population musulmane dans le don de nous-mêmes, l'accueil, l'entraide, le sourire, en compensation de la difficulté de partager notre foi, espérant que l'amour du Seigneur passe à travers tout cela.
La communauté de Dakar

