La lettre aux Amis n°70
Chronique de Saint-Jean-Baptiste de Keur Guilaye
mai 2008-février 2009
Voici quelques événements de cette période, vus par le noviciat :
Après la « descente de la montagne », c'est-à-dire après ce sommet que fut la célébration de la Bénédiction abbatiale, et la séparation d'avec tous nos invités éminents, nous voici revenues dans la plaine. Maintenant, il s'agit de vivre de la « grâce abbatiale » qui est descendue sur toute la communauté, comme le souligne Mère abbesse au cours de ses conférences au chapitre des jours suivants. Espérons qu'il en fut ainsi et surtout que cela dure...
Le 9 mai, les noviciats de Keur Guilaye et de Keur Moussa se rencontrent à Keur Mariama dans le cadre original d'une kermesse. Le succès en est tel que le 24 du mois de juin, Mère Abbesse en organisera une autre pour la seule communauté de Keur Guilaye. Le règlement en est un peu différent. Il est associé à un pique-nique et, si on ne gagne pas, on ne mange pas ! Hum ! Hum !
Le 23 mai, notre sœur Thérèse-Marie nous quitte pour la France en vue d'améliorer l'état d'un de ses genoux, devenu crucial et crucifiant. Elle passera sa convalescence à Sainte-Cécile jusqu'au 21 septembre. Nous apprenons qu'elle marcha avec une canne, ce que nous aurions bien voulu voir car elle est revenue sans canne. Heureusement ! Trois autres de nos sœurs partiront en France pendant l'hivernage pour un temps de repos, dont sœur Rose-Marie. Le sommet de ce séjour sera sa présence à Lourdes, simultanément à celle du Pape. Elle s'y dépensera sans compter en divers domaines : chant, accueil des pèlerins, etc., et nous rapportera plein de souvenirs...
Le 9 juin, nous arrive en cadeau un chiot, genre Labrador, baptisé Lascar. Très excité et remuant comme tous les jeunes chiens, son dressage n'est pas aisé. Certaines pensent que son nom en est la cause.
Le 2 août, arrive sœur Myriam du monastère de Bouaké, que connaissent très bien toutes nos anciennes mais pas nous. Nous sommes ravies de la connaître à notre tour. Elle nous a appris quelques beaux chants nouveaux et a rafraîchi nos principes de pause de voix.
Le 6, pour fêter la Mère Maîtresse, les novices ont joué la conversion de saint Paul et l'épisode de Lystres avec Barnabé ; il y avait même un magnifique taureau paré pour le sacrifice.
Le 14 août, pèlerinage du noviciat à Notre-Dame de l'Espérance, au Bois de Manguiers de Keur Moussa, à pied, le chapelet en main à travers la brousse. Malgré des consignes d'austérité, un bon goûter offert par le Père Abbé clôt les dévotions.
Le 18 août, Hélène Ngom arrive dans l'intention d'entrer au postulat. Ce même jour, Mère Abbesse fait un cadeau aux novices, cadeau mélangé de fiel si on peut dire. Elle permet que l'on s'installe dans les nouveaux bâtiments inoccupés pour un temps de vacances. Toutes sont très heureuses et l'installation se fait dans l'enthousiasme. Mais... première épreuve : dans la douche bien carrelée, avec une pomme extra, pas d'eau ! Il n'y a plus qu'à prendre un seau, descendre l'escalier et aller chercher le précieux liquide où il se trouve. Deuxième épreuve : lorsque la pluie tombe, et l'hivernage fut généreux cette année, l'eau qui n'a pas d'écoulement, remplit la loggia attenant à la cellule, passe sous la porte et entre sans contrainte dans la cellule. Il faut s'armer d'un seau et d'une pelle et balancer l'eau par-dessus bord. Il est arrivé que la quantité à évacuer atteigne environ quatre à cinq seaux pleins. C'est un sport très agréable, surtout pendant la sieste. Heureusement, cela n'est pas trop arrivé la nuit ! Une fois au moins tout de même, il fallait en se levant, mettre les pieds dans l'eau. Cela a permis d'expérimenter de près les petits détails à améliorer, chose faite aujourd'hui pour la prochaine génération.
Le 17 août, 84e anniversaire de sœur Bernadette : pour le souligner, nous organisons dans la soirée les jeux olympiques de Keur Guilaye ! Toutes sont invitées à se soumettre à des épreuves sportives : course, saut en hauteur, marche rapide, lancement de poids, pousse-pousse pour les plus anciennes, concours de tricot... Très réussi, très amusant. Parmi les jeunes, se sont révélées de véritables athlètes qui réalisent de remarquables performances !
Du 14 au 25 octobre a lieu la session de théologie morale d'Aline Lizotte : elle nous parle de la Béatitude. C'est pratique et stimulant. La dernière conférence de questions-réponses a été particulièrement vivante et appréciée.
Le 23 octobre, un autre « baobab » tombe, après Abba Philippe. C'est notre très aimé frère Jacques qui quitte son monastère pour gagner la Jérusalem céleste où l'attend son Créateur et son Sauveur pour recevoir l'héritage bien mérité. Maintenant, il prie pour nous ses frères et sœurs restés sur terre.
Cette année, nous avons eu un bon hivernage, avec pluies régulières et abondantes exactement comme nous le souhaitions, ce qui est plutôt rare. Nous avons reçu 566 mm, la brousse est par endroits comme une forêt vierge avec des herbes immenses. Ce que nous apprécions moins, du moins certaines, ce sont les coups de tonnerre. Mais n'est-ce pas le chant du ciel à son Créateur pour louer sa puissance, sa grandeur ? En entendant ces grondements très forts et en voyant ces éclairs, comment douter que Dieu existe ? Nous avons eu de nombreuses coupures de courant. Dieu merci, les anges ont bien veillé sur nous. Un dimanche, pendant que nous étions en adoration devant le Saint-Sacrement exposé, un orage terrible a fondu sur nous : on aurait dit une escadrille de bombardiers qui attaquait notre clocher ! Nous en sommes sorties indemnes, seule la lampe qui brille devant le tabernacle a grillé ! Par contre, une autre fois, les vitres de l'église, côté cloître, n'ont pas résisté à la poussée du vent et sont tombées. Heureusement, c'était la nuit et personne n'était là pour les recevoir sur la tête. Le matin, avant matines, nous avons seulement trouvé les vitres par terre. Dieu veille sur ses bien-aimées quand elles dorment. Le grand souci de sœur Bernadette est que cela soit réparé pour Noël et que la nouvelle fenêtre qui a été percée dans l'église, du côté du grand parloir, ait enfin des vitres, et elle y arrivera à force de persévérance.
Le 7 novembre, Mère Abbesse part pour le monastère de Koubri (Burkina Faso) où elle doit collaborer à la visite canonique. Elle en reviendra le 19 avec un précieux balafon, ouvrage d'un artisan de la région. Très juste, il peut jouer avec une kora.
Le 17 novembre, Marie-Georgette, notre aspirante Malienne, arrive pour un séjour d'un mois. C'est la quatrième fois.
Le 20 novembre, nous apprenons la mort de M. Gérard de Ribes, frère d'Abba Philippe, fondateur avec lui de l'AKMS et grand bienfaiteur de nos monastères. Il est venu souvent à Keur Guilaye et s'intéressait spécialement à nos problèmes d'eau. Nous prions pour lui et sa famille.
Le 8 décembre, pour la fête de l'Immaculée Conception, sœur Marie Tavarès et sœur Sylvie Tendeng, entourées de leurs familles naturelles et surnaturelles, prononcent leurs premiers vœux monastiques pour trois ans. Pour sœur Sylvie qui est de Casamance, c'est la première fois que sa maman vient au monastère. Le Père Abbé préside la messe. Sœur Marie garde son nom mais sœur Sylvie devient sœur Immaculata. Un beau nom qui souligne la nouveauté apportée par la profession religieuse. Ses sœurs du noviciat la taquinent en lui disant « espérons que les gens de ton village pourront prononcer ce nom » mais les diolas aiment beaucoup les noms latins !
Le 25 décembre, le Christ est vraiment né chez nous : une belle veillée et messe de minuit et la messe du jour encore plus belle ; des crèches confectionnées avec art et inspiration : celle de l'église représentait la grotte de Massabielle. Chaque année, nous découvrons de nouveaux talents cachés chez nos sœurs. Mère Abbesse a eu pour Noël la visite de sa sœur Anne-Aymone avec son mari, monsieur Valéry Giscard d'Estaing.
Mère Abbesse et soeur Myriam
Janvier 2009, le 6, nous recevons la visite d'un Roi Mage : le nouveau Nonce à Dakar, un Argentin, Mgr Montemayor, dont la simplicité nous met très vite à l'aise. Le soir nous tirons les Rois et les élues sont Mère Abbesse et sœur Cécile, les deux jubilaires de l'année 2009 !
Le 17, sous la protection du grand saint Antoine, sœur Marie-Emmanuel qui a déjà trois ans de vœux, les renouvelle pour un an.
Maintenant nous mettons le cap sur le Jubilé d'or de Mère Abbesse qui sera célébré le 10 février, fête de sainte Scholastique. Sœur Myriam fête le même jour son jubilé d'argent et sœur Laetitia renouvelle ses vœux pour un an encore. Ce fut un grand jour ! Le Nonce est revenu pour présider la messe et nous donner une homélie très profonde sur la charité. Le Père Abbé de Keur Moussa était là avec tous les moines et nous avons chanté ensemble dans notre chœur comme pour la Bénédiction abbatiale.
Le Père Abbé a présidé les rites de profession : après celle de sœur Laetitia, Mère Abbesse a relu sa charte en latin puis elle a renouvelé sa consécration à Dieu en français, « dans la joie et l'action de grâce pour le passé et une humble confiance pour l'avenir, appuyée sur la miséricorde de Dieu et la prière de ses Sœurs » et elle a chanté son Suscipe avec ses deux assistantes, sœur Myriam et sœur Thérèse-Marie, qui est aussi professe de ce jour. C'était très émouvant. Sœur Stella avait encore composé un beau chant d'offertoire. Nous n'avions pas fait d'invitations officielles, mais l'église était pleine d'amis dont M. et Mme Guy de Brantes, revenus pour la circonstance, et nous avons tous déjeuné ensemble à Keur Mariama dans la joie.
Nous vous quittons en vous rappelant que, sur vous aussi, Dieu veille quand vous dormez et que vous pouvez faire toute confiance à sa miséricorde. Nous vous assurons de notre reconnaissance et de nos humbles prières. Nous vous souhaitons les grâces les meilleures pour mieux servir et aimer le Seigneur. Restons gais et jubilons comme les enfants bien-aimés du Père !
Sr. Laetitia à droite
