La lettre aux Amis n°70
IN MEMORIAM
Frère Jacques Léturmy
Le Frère Jacques Léturmy est entré dans la joie de son Seigneur le jeudi 23 octobre 2008. Haec dies quam fecit Dominus ! Voici le jour que le Seigneur a fait pour lui : cs'est ce chant pascal (Ps 117 de la messe de Pâques) qui nous est venu à l'esprit à l'heure où la nouvelle nous est parvenue durant l'office de Complies. Nous chantions alors ces versets du Ps 1l1 : Seigneur, l'ombre gagne sur mes jours, mais toi tu es là... Tu montreras ta tendresse... L'heure est venue. Dès le lendemain à la Messe conventuelle, nous souvenant que frère Jacques anima le chœur pendant plus de 40 ans, nous chantions encore l'introït Laetetur cor ! Le cœur de ceux qui cherchent Dieu est dans la joie ! Pour exprimer l'émerveillement de Frère Jacques devant les splendeurs inouïes du Royaume des cieux. C'est bien ce don d'émerveillement que nous retiendrons de notre Frère. Cœur simple, ouvert à toute beauté de la nature, aux qualités de ses frères en communauté comme aux détresses des petits qui lui furent confiés à son arrivé en Afrique, comment ne pas espérer qu'il contemple maintenant le plus beau des enfants des hommes (psaume 44), celui qu'il a chanté tout au long de sa vie et servi dans ses frères les plus pauvres !
Frère Jacques est né le 17 avril 1927 - un jour après le Saint-Père Benoît XVI, aimait-il à préciser - dans la petite ville campagnarde de la Sarthe, appelée Brûlon, célèbre encore aujourd'hui pour sa collégiale romane, vestige d'un passé monastique, comme il y en eut tant dans l'Europe du Moyen Âge.
Il est rentré à Solesmes à 18 ans et a prononcé ses premiers vœux en 1947, en la fête de sainte Thérèse de l'Enfant Jésus. Retardé par son année de service militaire en Allemagne, où il apprit, comme infirmier, à soigner les malades - ce qui lui sera très utile 18 ans plus tard au Sénégal - il prononça ses vœux solennels avec les Pères Jacques Meugniot, Jean Dion et Dominique Catta, le 12 octobre 1951, jour anniversaire de la Dédicace de l'église abbatiale Saint-Pierre de Solesmes. Jacques aimait unir dans une même dévotion ces deux dates de sa consécration au Seigneur : la petite Thérèse qui lui donna l'esprit d'enfance et la Dédicace qui le fortifia dans sa foi. Ces deux fêtes nous aident, en effet, à comprendre la voie droite qui l'a mené à Dieu comme dit le Prologue de la Règle.
D'abord la petite voie de Thérèse, révélée aux âmes simples et humbles, comme le dit le Seigneur Jésus : Père, je te bénis d'avoir caché cela aux sages et aux prudents et de l'avoir révélé aux tout petits. Frère Jacques a marché sur cette voie royale, qui est au cœur de l'évangile comme de la Règle de saint Benoît. Ne croyons pas cependant que ce chemin de l'enfance - non de l'infantilisme -, où ne pénètrent que les humbles, fut facile à notre Frère tout au long de sa marche ! Comme tout bon sarthois, Jacques tenait à ses idées. Il avait des principes hérités d'une bonne éducation à la française, d'une culture classique, d'une sensibilité, surtout, qui le rendait fragile à toute émotion, au point de ne pouvoir lire ou chanter des textes et des chants qui le bouleversaient. On se souvient à Keur Moussa de ce chant de l'Exsultet retransmis sur les ondes de Radio Sénégal, où les auditeurs, d'abord charmés par la voix très mélodieuse du diacre, furent surpris par la finale du cantique pascal étouffée par les larmes... de Frère Jacques ! C'est dire qu'il eut à souffrir en portant ses frères et ses sœurs dans leurs difficultés, et à se supporter lui-même dans le calvaire de la diminution progressive de ses forces. Plongé dans les souffrances des petits qu'il eut à soigner et à éduquer en arrivant au Sénégal, Frère Jacques a donné le meilleur de son cœur sensible aux détresses d'une foule d'hommes et de femmes, petits ou grands, dont nous ne connaîtrons qu'au ciel la liste exhaustive : Ils sont les trésors que ses mains ont ramassés au long de ses quatre-vingt-deux années de vie sur terre.
La grâce de sa seconde profession, celle prononcée le jour de la Dédicace de l'église Saint-Pierre de Solesmes, lui permit sans doute de grandir en virilité et courage dans la foi et en « veilleur » pour le Royaume de Dieu. Sur tes murailles, Jérusalem, je poste des veilleurs, ni le jour, ni la nuit, jamais ils ne doivent se taire ! C'est l'un des répons des Vigiles de la Dédicace des églises que Frère Jacques aimait chanter au temps de sa belle voix de baryton. Frère Jacques fut, en effet, un veilleur, un guetteur de la venue de Dieu dans la nuit obscure de la terre oppressée par les ténèbres du Mal. Cependant sa foi simple et candide lui fit voir tout au long de ses soixante-trois ans de vie monastique la splendeur de la Jérusalem céleste, au-delà des ténèbres du péché. Il eut la grâce de se rendre en Israël, et de se pénétrer de la vue paradisiaque qu'on aperçoit du Mont des Oliviers à l'heure du coucher du soleil, et de vénérer, par-delà le Dôme de la mosquée d'Omar, le Rocher où s'éleva la Croix glorieuse de son Seigneur et Sauveur.
Mais sa joie profonde lui venait de plus loin encore, de son désir de contempler enfin la Cité Sainte, de la voir descendre du ciel d'auprès de Dieu, comme une fiancée parée pour son époux comme la décrit l'Apocalypse. Il aimait la Jérusalem céleste, l'Église, et plus encore, la Mère de l'Église, la Vierge Marie, Mère de la lumière, choisie dès le commencement pour devenir le Temple de l'ineffable Lumière !
C'est à cette Mère Immaculée que nous confions maintenant notre bien-aimé frère dans cette prière de la Liturgie Orientale chantée à Keur Moussa en l'honneur de la Vierge :
Arche d'Alliance, qui donne le Pain de Vie,
Toi qui réjouis le ciel et la terre, Toi l'espérance des larmes d'Ève,
Toi qui apportes la joie au monde, Toi qui as cru à la Parole,
Toi enfin, qui es la porte du ciel et la clef du Royaume,
Salve Regina, Mater misericordiae, illos tuos misericordes oculos...
Monsieur Gérard Champetier de Ribes
Monsieur Gérard Champetier de Ribes s'est endormi dans la paix du Seigneur, le 20 novembre 2008, après une longue maladie qu'il supporta avec patience et courage qui ont fait l'admiration de son entourage. Frère cadet d'Abba Philippe, il fut le très dévoué Président de l'Association Keur Moussa Sénégal durant de longues années, où nous aimions le voir souvent revenir à l'Abbaye sénégalaise. Très reconnaissants pour tout ce qu'il a su donner par ses conseils et son dévouement à nos communautés africaines, le Père Abbé Ange Marie et ses fils, les moniales de Keur Guilaye et les Servantes des Pauvres du Sénégal et du Congo Démocratique expriment leurs condoléances à Madame Champetier de Ribes et à ses enfants, ainsi qu'à toute la famille du cher défunt, pour qui nous avons chanté :
Comme l'or au creuset, Seigneur, tu nous éprouves,
Mais comme un sacrifice offert tu nous accueilles au jour de ta visite.
Dieu de paix, nous resplendirons.
Docteur Jacques Piel
Le Docteur Jacques Piel est décédé le 20 janvier 2009, cinq ans après notre Frère Alain Piel (+ 2004). Une profonde amitié unissait les deux frères, et c'est par « l'oncle Alain » que les jeunes novices de Keur Moussa, comme leurs anciens, ont tissé de forts liens d'amitié et de prière avec toute la famille du Docteur Jacques, venu jadis à Keur Moussa avec son épouse, il y a une trentaine d'années.
Heureux qui meurt d'aimer dans l'amour de Jésus !
Des chemins s'ouvrent dans son cœur,
Il recevra l'héritage promis !

