La lettre aux Amis n°71
Les nouvelles des SdP
Chers Amis
Si moines et Moniales font vœux de stabilité, il n'en est pas de même pour les Servantes des Pauvres qui, au lendemain de la nativité de Notre Dame, renouvellent l'hommage de leur disponibilité : « Ecce Ancilla Domini. » Cette année le souffle de l'Esprit a secoué nos Maisons d'Afrique, ne laissant que trois rescapées à Keur Moussa, deux à Kalémie, une seule à Dakar...

Mère Immaculata

Mère Marie Samuel
Notre Maison Saint Joseph perd son pilier puisque Mère Marie Immaculata, après trente quatre années de mission au Sénégal, s'envole pour le Congo. Nous remercions le Seigneur pour toute l'œuvre accomplie au cours de ces années d'incessant labeur mais devinons le poids du sacrifice de celle qui a tant aimé ce peuple, adopté sa langue et compris ses coutumes. La relève est confiée à Sœur Marie Samuel qui était à Dakar depuis quatre ans : comme disait un frère : « C'est Benoît XVI qui succède à Jean Paul II »...

Soeur Agnès Christine
Nous mesurons aussi la peine de Sœur Agnès Christine, nommée à la Maison Mère ; elle quitte une nouvelle fois cette terre si aimée, les petits qu'elle soignait depuis plusieurs années et tous ces plus grands qu'elle savait aider et réconforter.. . Sœur Marie Robert, venue après le décès de Sœur Marie Odon, est envoyée également à Kalémie : les voyages forment la jeunesse !

Mère Marie Béatrice
Notre Chère Mère Béatrice Marie est rappelée dans le Nord de la France, elle quitte le beau Dispensaire Saint Laurent dont elle a conçu les plans, suivi la construction et amélioré le fonctionnement pour laisser la place à Mère Michel Monique : Denain et Dakar font l'échange de Prieures. Le Dimanche 30 Septembre est prévue une messe d'Action de grâces pour ces douze années si fécondes.
Sœur Jean Daniel qui était Prieure à Kalémie est nommée à Dakar puisque remplacée par Mère Immaculata. Pour en terminer avec les changements, nous attendons Sœur Marie Vincent qui nous vient de Paris, tandis que s'installe, à Dakar Sœur Marie-Ange : d'origine asiatique, elle a vécu son enfance au Cambodge, passé plusieurs années au Canada jusqu'à ce que l'appel du Seigneur l'attire en Europe et, maintenant, en Afrique. Elle pourrait espérer se rendre aux J.M.J. pour découvrir le cinquième Continent.
Cette année l'hivernage a pris un mois de retard. Nouvelles et anciennes s'activent, car nos Dispensaires respectifs sont littéralement assaillis : bel alignement sur les bancs de ciment qui longent le mur à Dakar ; foule bruyante et indisciplinée des malades venus des environs de Keur Moussa.

Une Maman inquiète nous amène son petit Moussa, elle est allée un peu partout et l'enfant va de mal en pis. Agé de quatre ans, il peut à peine marcher tant il est essoufflé ; l'œdème s'étend du visage aux pieds, il a 40°, les muqueuses sont décolorées. Les examens révèlent un palu et une anémie à 3,4 HG. Il reçoit un premier traitement et se trouve déjà soulagé le lendemain ; une semaine après, l'œdème a beaucoup diminué ; il faudra encore un long traitement pour corriger l'anémie, mais la Maman est radieuse et Moussa esquisse un beau sourire. Deux autres enfants présentent une anémie encore plus sévère : (2,6 et 2,4 HG) Un homme contemple l'un d'eux, Momodou son fils, qu'il n'avait pas encore vu, car il revient de Guinée ; il est si content qu'il ne s'inquiète pas de l'enflure du visage et de sa pâleur, l'enfant regarde inlassablement son père, sans crainte ni surprise.
Une tante vient avec deux petits : l'un a 15 jours, la seconde deux ans et ne marche pas, un troisième est à la maison : ce sont trois orphelins, la Maman est morte à l'accouchement. C'est la grand'mère qui va élever les petits : lourde charge puisqu'il y a une handicapée, mais nous savons qu'ils seront bien soignés et que le nourrisson trouvera, comme il se doit toujours en Afrique, un dos pour être porté. Quant à nous, nous pouvons, grâce à vos dons, lui fournir le lait. Ils sont très nombreux ces petits orphelins ! Il ne se passe guère de jour où ne vienne un nouveau-né aux cheveux soyeux et qui crie famine.

Léonce est le premier-né d'un foyer chrétien, il a trois mois, mais son poids reste stationnaire. L'auscultation révèle un souffle cardiaque, nous le référons, il revient avec un traitement en attendant une éventuelle intervention ; il faudrait que Léonce reprenne du poids et surtout que les parents puissent assumer les frais : ce qui n'est pas évident ! C'est le drame trop souvent rencontré ici : par manque de ressources, certains traînent avec des handicaps ou sont emportés par le mal. Pourtant que d'entre aide ne rencontrons-nous pas !
Derrière le Dispensaire Saint Laurent vit une famille. Le père est français, la mère Peuhl : Aminatou ; il y a trois enfants. Tous dorment à l'étage, le rez-de-chaussée est à la disposition des familles et amis en difficulté. La cuisine est commune. Aminatou nous amène ses malades. Nous ne parlerons ici que du petit Oumar, atteint d'un cancer de la face ; pendant des semaines et des mois nous avons suivi la terrible évolution du mal : la tumeur grossissait de jour en jour, débordant de l'orbite dont elle avait expulsé l'œil, envahissant nez et mâchoire pour ne laisser qu'une mince ouverture où passait l'air et un peu de bouillie. Oumar dépérissait. Le matin du 11 Avril, jour anniversaire du décès de Sœur Claire Françoise, Aminatou saluait son neveu : « Oumar ! » L'enfant a répondu par le petit son qu'il pouvait encore émettre puis il est parti... Tous ont pleuré mais ils savaient que Oumar avait été soigné et entouré jusqu'au bout, et qu'il aurait une sépulture digne.
Bien Chers Amis, soyez vivement remerciés pour la part que vous prenez dans cette aide auprès des pauvres et des malades, nous voudrions vous transmettre toute leur reconnaissance à travers le sourire de ceux qui ont pu être soulagés physiquement ou moralement. Nous savons que le Seigneur vous le rendra au centuple et le lui demandons.
Bonnes fêtes de fin d'année avec tous nos vœux de santé et de bonheur.
Les Servantes des Pauvres de Dakar et Keur Moussa.

