La lettre aux Amis n°70

Sommaire

Sœur MARIE ODON

Mère Noël Bénédicte

Mère Noël-Benedicte, supérieure générale de la Congrégation des Servantes des Pauvres d'Angers, au début de la messe de sépulture, présenta, avec une émotion forte et contenue, sœur Marie Odon. Après la messe, c'est Mgr Théodore-Adrien Sarr qui présida la sépulture dans le petit cimetière de St Benoît, rejoignant Sr Claire-Françoise et Gustave Faye (cf Lettre n° 61, 2006-1).

« Heureuse la Servante que le Seigneur trouvera en tenue de service ! »

Née le 30 Janvier 1935, à Brétignolles, dans le diocèse de Poitiers, au sein d'une famille nombreuse, Marie Marguerite Doublet entre chez les Servantes des Pauvres le 4 Septembre 1954 ; elle fait sa première profession dans notre famille religieuse le 9 Mars 1957. D'abord envoyée à la Maison Saint Martin de Trélazé puis à la Maison St Camille de La Varenne, sœur Marie Odon répond bientôt avec joie et enthousiasme à une nouvelle sollicitation du Seigneur. L'appel pressant de l'Église en faveur de la mission Ad Gentes, trouve un profond retentissement dans son âme d'apôtre et en novembre 1966, en compagnie de Sœur Marie Jean Paul, elle rejoint les deux premières fondatrices de Keur Moussa : sœur Bernadette Joseph et sœur André Marie. Elle aimait à raconter combien le premier voyage sur le bateau 'Lancerville' fut long et éprouvant.

Mère Bernadette Joseph

En 1968, Mère Bernadette Joseph, Sœur Marie Louise et Sœur Marie Odon fondent à Dakar notre deuxième implantation missionnaire au Sénégal : la Maison Saint Michel. Depuis lors, notre Sœur, infatigable, sillonne la capitale. Elle ne la quitte que pour deux brèves obédiences : une à Keur Moussa et l'autre - pour des raisons de santé - en notre Maison Mère où l'on admire son esprit de foi et le dévouement qu'elle apporte dans l'humble service de la cuisine. En 1987, elle revient avec joie au Sénégal pour y dépenser à nouveau toutes ses forces. En cette année 2006, nous venons de fêter le 40ème anniversaire de notre fondation missionnaire de Keur Moussa. Le Seigneur s'est plu à apposer son sceau à ce jubilé en rappelant à Lui, en janvier : sœur Marie Jean Paul ; le 6 décembre, Mère Marie Bernadette Joseph et, en ces jours, le cher Père Abbé, « Abba Philippe », puis notre chère sœur Marie Odon, quatre pierres de fondation, nous appelant ainsi à vivre plus intérieurement et plus profondément cette action de grâce, et nous invitant à tenir notre regard fixé vers les réalités d'En Haut. C'est son œuvre à Lui ; il l'a rend plus féconde à sa manière. Dans ce même élan d'action de grâce, l'année 2007 devait marquer pour notre sœur le 50ème année de sa Profession religieuse, son Jubilé d'Or, qu'elle préparait déjà intensément et qu'elle devait célébrer le 9 mars, en la fête de Sainte Françoise Romaine. Nous nous réjouissions de l'accueillir à Angers avec ses deux sœurs de groupe, Sœur Marie Grégoire et sœur Xavier Marie. Le Seigneur l'a devancée.

Voici donc près d'un demi siècle que notre Sœur Marie Odon a pris cette livrée du service. Toute simple dans sa vie, ses charges, sa spiritualité, elle n'avait qu'un désir : rendre service de tout son cœur, discrètement, avec l'inaltérable sourire qui révélait sa joie profonde de témoigner son amour au Seigneur. Elle s'est usée à la tâche, toujours au four et au moulin. Chacun d'entre nous se remémore le pas alerte de cette sœur que tous les pauvres aimaient appeler la Sœur « aux dons ». Bien plus qu'une obole, elle distribuait sur son passage : un sourire, une attention, une parole d'encouragement... donnant chaque jour le meilleur d'elle-même pour chanter les louanges du Seigneur, servir ses sœurs et son prochain, entourer les malades et les Pauvres.

Soeur Marie Odon

Le Seigneur l'a trouvée en tenue de service, en cette heure mystérieuse que nul n'avait prévue. Terrassée par la maladie, son état de santé s'est rapidement dégradé malgré les soins attentifs prodigués avec assiduité ; la veille de son décès, l'abbé Gabriel Sarr, curé de la paroisse, vint lui donner le sacrement des malades, elle reçut encore la bénédiction des deux vicaires peu avant son retour à Dieu. Et notre sœur reconnut, comme en chaque événement, un nouvel appel : « C'est le Seigneur ! Viens, ne tarde pas ! »

Nous demandons au Seigneur, en cette veille de Noël, d'accueillir Abba Philippe et notre chère sœur Marie Odon tout près de sa divine Mère, avec ceux qui furent les premiers à contempler dans le tout petit Nouveau-né, le Dieu d'infini Miséricorde, l'unique Sauveur du monde.

La maladie, qui a foudroyé Sr. Marie-Odon en 4 jours, est tombée sur un organisme usé par le labeur quotidien. Elle a toujours porté son fardeau avec un sourire qui a donné le change. Comme Sr. Claire Françoise, il y a 6 ans déjà, qui avait été emportée en quelques jours également, elle laisse le souvenir d'un don de soi dans une vie apparemment toute ordinaire mais qui nous apparaît aujourd'hui comme un don exceptionnel. Quand une sœur se donne au service des pauvres en Afrique, tout peut arriver. La santé doit être offerte au départ.

Les communautés du Sénégal

Quelques témoignages :
L'abbé Édouard, ancien curé de la cathédrale et auparavant de la paroisse du Sacré Cœur, celle des sœurs, actuellement aumônier du Port de Dakar, disait : « Il n'y a que Dieu qui puisse compter le nombre de services qu'elle a rendu dans sa vie ».
L'abbé Édouard se lamentait de ne pouvoir entrer en contact avec les lépreux qui pullulent autour de la Poste centrale. Le lendemain matin de la mort de Sr. Marie-Odon, un lépreux s'est approché pour lui présenter ses condoléances. Depuis la porte est ouverte et il peut maintenant chaque jour parler avec eux. Le chagrin des petites gens qu'elle côtoyait tous les jours (lépreux, mendiants, petits commerçants du marché Kermel) a été très bouleversant.

Sr. Anne Leroy :
« ...Elle avait une capacité d'accueil et de simplicité qui nous mettait toujours à l'aise, une grande humanité. Et n'est-ce pas là notre chemin de sainteté ?
Je prie le Seigneur de l'accueillir dans la Pax et dans sa Joie. Elle était porteuse de joie et elle se trouvera bien, si bien dans las joie du Seigneur ! Quand je repense à elle, je me souviens d'une réflexion de Monseigneur Jacques Sarr disant aux religieuses : « Vous parlez volontiers de votre charisme. Pour moi, les sœurs qui me transmettent le charisme de leur congrégation, ce sont celles qui m'ouvrent la porte quand j'arrive chez vous ! » Or, Sr. Marie-Odon nous a si souvent ouvert la porte, que ce soit à l'improviste ou sur rendez-vous, c'était un accueil de tout l'être, du cœur. Je la remercie du fond du cœur et je vous remercie. »

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