La lettre aux Amis n°69
Séguéya : Pourquoi une fondation ?
1e partie : Les préparations
Plusieurs évêques ont, durant ces vingt-cinq dernières années, sollicité l'Abbaye de Keur Moussa de faire une fondation monastique en leur diocèse. Rappelons les demandes de Mgr Augustin Sagna, de Ziguinchor et Mgr Caillaud, de Tambacounda au Sénégal. Des demandes ont aussi été faites de Côte d'Ivoire, du Zaïre (maintenant RDC), du Rwanda, du Mali et de Guinée Bissao.
1999
Mais, sans conteste, c'est Mgr Robert Sarah, archevêque de Conakry, qui s'est montré le plus insistant. Après plusieurs demandes et démarches, le 7 mai 1999 il faisait cette demande explicite : « Je viens humblement et en toute confiance vous demander de bien vouloir examiner la possibilité d'une extension de votre monastère en Guinée ». A la demande du monastère Ste Croix de Friguiagbé le f. Jacques Léturmy y fut envoyé, en février de cette année, pour remplacer l'aumônier et y resta 4 mois, établissant ainsi de solides liens entre nos deux communautés. Le 25 Octobre Mgr Sarah écrivait : « Vous connaissez mon grand souhait et mon espérance de voir un jour s'édifier un monastère bénédictin comme un complément nécessaire et précieux à la présence des Sœurs Bénédictines ». Le 13 mai 2000 Il renouvela sa demande officielle à l'occasion de la bénédiction abbatiale de Dom Ange Marie Niouky.
2001
En Juin le P. Abbé décida d'envoyer deux frères de la Communauté pour prendre contact avec la Guinée, s'informer, reconnaître les possibilités et les propositions concrètes que l'archevêque pourrait leur faire. Le 16 Novembre, Mgr Robert Sarah, nommé Secrétaire de la Congrégation pour l'Évangélisation des peuples, quittait son évêché, confié désormais à l'Abbé André Camara, comme Administrateur, mais demandait au Père Abbé de ne pas retarder la visite annoncée des deux frères. Le 30 Novembre, en la fête de St André, les frères Armand et Elie entreprirent leur voyage de prospection. L'administrateur diocésain ainsi que les diverses communautés paroissiales ou religieuses visitées furent unanimes pour exprimer leur désir de voir un jour la vie monastique fleurir dans leur pays. Concrètement l'administrateur ne leur proposa qu'un seul terrain de 200 ha environ, choisi par Mgr Sarah lui-même avant son départ pour Rome, proche du monastère de Ste Croix et qui parut tout à fait propice à l'établissement d'un monastère, malgré sa distance de Conakry (120 km).
Les deux envoyés 'ont vu et se sont laissés convaincre'.
2002
Le 11 Janvier 2002, le P. Abbé réunit les capitulants et leur demanda de s'exprimer par un vote sur le projet de fondation en Guinée. Après une réponse positive, le P. Abbé conclut en invitant les frères à un acte de foi, à écouter les signes que Dieu envoie. « Nous ne devons pas attendre d'avoir absolument tout le personnel qualifié et les fonds nécessaires pour engager une fondation, sinon nous ne ferions jamais rien. Une fondation sera un enrichissement pour notre communauté qui risque de « s'installer », qui, ayant beaucoup reçu, ne doit pas hésiter à donner. »
En décembre 2002, le P. Abbé se rendit au Monastère de Ste Croix, pour y prêcher la retraite spirituelle. Celui-ci fut l'occasion de rencontrer non seulement la communauté de Ste Croix, mais aussi la Conférence épiscopale de Guinée, dont Mgr Vincent Coulibaly, alors évêque de Kankan, ainsi que bon nombre de personnes et communautés. Tous se dirent désireux de voir une implantation prochaine d'un monastère en leur pays.
2003
En Mai 2003, lors du Chapitre Général de la Congrégation, à Solesmes, le P. Abbé présenta aux membres du du Conseil du Père Abbé Président le projet de fondation en Guinée : ce dernier se montra favorable à la poursuite du projet.
Le 15 juin, à l'occasion de l'installation de Mgr Vincent Coulibaly, comme archevêque de Conakry, le P. Abbé se rendit en Guinée, avec les frères Stanislas, Armand et Paul Kolié. Ils purent rencontrer en même temps Mgr Robert Sarah et son successeur. Le Mercredi 18 juin, Mgr Sarah présida au Monastère de Ste Croix la messe d'action de grâce pour le projet de fondation. Il invita à la « confiance absolue en Dieu. La fondation du monastère est son œuvre : c'est lui qui la réalisera. Il est assez puissant pour cela ; il utilisera nos pauvres moyens ». Il ajouta : « Le monastère doit être avant tout un lieu de supplication, où l'on apprend aussi aux autres à prier. Par le jeûne dans le secret, le moine doit être la bonne odeur du Christ. Par toute sa vie il doit refléter le visage du Christ, sans craindre les épreuves et la Croix qui ne manqueront pas ». Mgr Sarah a alors « remercié Dieu de nous avoir tous réunis dans la maison des Sœurs bénédictines. La vie commence toujours par la Maman, a-t-il ajouté, C'est donc aux Sœurs qu'il appartient d'engendrer pour ainsi dire leurs frères. La Guinée a besoin de prières, de personnes consacrées à la prière. La grandeur de l'homme est de s'agenouiller devant Dieu mais aussi de travailler. »
Comme le P. Abbé en avait exprimé le désir, Mgr Vincent Coulibaly lui remis, juste avant son départ la lettre suivante qui fut donc l'un des tout premiers actes de son ministère d'archevêque de Conakry :
« Je suis heureux, au début de mon Ministère Épiscopal à Conakry, de renouveler l'appel que mon prédécesseur, son Excellence Monseigneur Robert Sarah... vous avait adressé en vue de la Fondation d'un Monastère en Guinée. Le Seigneur s'est chargé de mûrir ce projet et de le faire avancer pas à pas, jusqu'à ce jour où un domaine vous a été attribué pour l'implantation concrète du projet. En espérant que le Seigneur conduira à son terme ce qu'il a commencé, je vous prie de croire, cher Père Abbé, à l'assurance de ma profonde communion dans la prière ».
†Vincent Coulibaly
Archevêque de Conakry
Le Samedi 5 juillet 2003, à l'issue des Laudes, la Communauté a chanté le Veni Creator et ensuite les membres du Chapitre ont voté favorablement pour que la nouvelle fondation soit faite en Guinée, à la demande de l'archevêque de Conakry. La Messe conventuelle a été chantée en action de grâces.
A suivre au prochain numéro :
2e partie : Les 3 premières années de la fondation.

