La lettre aux Amis n°69
Le mot du Père Abbé

Chers Amis,
Bonne fin d'année 2006 et meilleure année 2007, année de grâce et de paix dans le Seigneur, 'de qui vient tout don parfait'. L'année qui s'écoule a été pleine d'événements féconds, année parsemée de joies et de peines certes, mais où l'espérance est restée en éveil et a rendu plus fort notre amour pour Dieu.
Plusieurs deuils de parents des frères ont en effet affecté la communauté : En fin d'année 2005 déjà, le 5 novembre, le papa de Frère Edouard quittait cette terre. Puis, pour l'année 2006, ce fut le décès de la maman du frère Noël Mendy, le 31 mai, le décès du papa du Frère Cyrille, le 20 juin, le décès à 97 ans de la sœ ur aînée du Frère Dominique le 13 septembre, et enfin le décès du papa de Frère Thomas, le 05 octobre.

Juste une petite remarque saisissante : c'est aussi un 5 octobre (2003), que le Frère Mathieu Ndiaye rejoignait le Père, à l'Abbaye de Ganagobie, et un 5 octobre 2005 le papa de Frère Maixent. Pure coïncidence ou effet du hasard ? J'aime mieux y voir la délicatesse de la Providence. « Tout est grâce » disait la petite fleur de Lisieux, et nous confions à la miséricorde du Seigneur tous vos parents et amis défunts.

Il y eut aussi de grands sujets de joie. L'année 2006 a commencé, le 07 janvier par la profession solennelle de Frère François de l'Amour Diouf ; au mois d'avril, la première profession des frères Marie-Boris et Nathanaël ; le 22 juillet, en la fête de Sainte Marie Madeleine, la double profession solennelle des Frères Olivier-Marie Sarr et Athanase Mancabou, qui poursuivent leurs études, l'un à Saint-Anselme de Rome et l'autre en Belgique, à l'I.E.T. Maintenant nous nous préparons à l'ordination sacerdotale de Frère Léon-Marie Ciss et l'ordination diaconale de Frère François de l'Amour, le 2 décembre prochain.
A Séguéya, en Guinée Conakry, la grande joie partagée a été, sans aucun doute, l'érection canonique en Prieuré simple du Monastère Saint-Joseph, le 29 septembre, fête des Saints Anges Michel, Gabriel et Raphaël. Tous unis dans une profonde communion fraternelle, nous partageons la joie de la reconnaissance officielle de ce monastère par l'Église. Cette lettre, axée sur Séguéya, vous fera toucher du doigt ce qui a été vécu récemment là bas. Au nom de tous les moines, tant de Keur Moussa que de Séguéya, j'exprime ici toute notre reconnaissance pour vos dons qui ont permis les constructions réalisées depuis la toute première installation de 2003. Et nous espérons que ce qui échappe aux vues humaines, au mesurable et au vérifiable s'enracinera encore plus profondément. Car, nous n'oublions pas que les moines ne sont pas avant tout agriculteurs ou bâtisseurs, mais témoins de la foi ; ils doivent rendre compte de l'espérance des valeurs surnaturelles qui les habitent.
En Guinée, les besoins sont énormes et ce serait chimérique de vouloir prêcher l'Évangile sans se soucier du progrès humanitaire. Monseigneur Sarah, évêque Émérite de Conakry, qui avait invité les moines dans son diocèse avant d'être appelé à Rome, disait aux frères de Séguèya :
Votre présence ici est providentielle : présence de réparation tout d'abord, parce qu'ici, il y a eu beaucoup de gens tués, beaucoup de victimes innocentes...

Comme évêque de Guinée, mon souci a été l'implantation monastique en ce pays. J'ai vraiment désiré et voulu cela. L'existence chrétienne se fonde dans la relation avec Dieu : elle se tisse dans l'écoute de la Parole de Dieu, dans la manducation de la Parole de Dieu et dans le don de soi à Dieu et aux autres. C'est l'idéal même de la vie monastique, à ce qu'il me semble. Vous devez être comme un buisson ardent, une flamme ardente qui ne s'éteint pas. Ici, nous avons vécu dans un dénuement absolu et surtout nous avons été privés de prêtres aînés dont la Guinée avait besoin ; elle en a été amputée. Nous vivions dans l'isolement, manquant de tout. Ne soyez pas surpris ; des habitudes ont été prises. Les gens ne viendront sans doute pas immédiatement vous rencontrer pour des besoins spirituels ; cette approche sera nécessairement plus lente. En Guinée, la masse des gens a faim et soif d'abord de nourriture matérielle : on vit pourtant dans un pays riche de possibilités naturelles et néanmoins le peuple est affamé. Malgré tout, il est bon que les chrétiens sentent que la vie du prêtre, du religieux, ne consiste pas uniquement à prêcher sur les routes, parcourant monts et vallées pour annoncer la Bonne Nouvelle partout, mais d'abord à rester, à demeurer avec le Seigneur, dans l'écoute de sa Parole. »
Quant à Mgr Vincent Coulibaly, l'archevêque actuel de Conakry, il remercia son prédécesseur d'avoir, à la suite du Macédonien des Actes des Apôtres, dit aux moines de Keur Moussa : « Passez en Guinée, venez à notre secours ! »

Les énormes besoins de Séguéya s'ajoutent à ceux de Keur Moussa, l'Abbaye fondatrice. Actuellement, en plus du problème sérieux des terrasses en réfection, nous sommes confrontés au problème crucial de l'eau. Un nouveau forage (le 5e depuis la fondation de 1962) a été décidé. Situé à 3 Km de notre château d'eau, dans une nappe abondante où puisent déjà le Grand Séminaire et le Carmel de Sébikotane, nous en avons demandé l'autorisation à l'Archevêque de Dakar et au Recteur du Grand Séminaire. Nous les remercions vivement de leur accord. Malgré ces difficultés qui n'ont jamais été absentes depuis ses origines, le monastère poursuit sa marche et ne cesse d'être un centre spirituel, où beaucoup de chrétiens, en particulier des jeunes, viennent prier, et renouveler leurs forces. Chers Amis, que l'année 2007 soit pour vous tous une année de rencontre et d'expérience intime avec le Seigneur. Et qu'il vous bénisse par l'intercession de Marie, sa sainte Mère !
† fr. Ange-Marie Niouky
abbé

