KM 02 : Quand renaît le matin
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Présentation
C'est dans la lumière de l'espérance que les moines de Keur Moussa et leurs amis ont entrepris ces enregistrements pour leur premier CD, à l'heure où beaucoup s'interrogent sur l'avenir de l'Afrique : « Quand renaît le matin, Dieu vient au secours de son peuple ! » répond le psaume 45 (46).
Éthiopie (n° 1) est une « prière » qui s'élève comme un cri vers le ciel au son de deux koras.
Quand renaît le matin (n° 2) est la réponse :
Quelques mois avant sa mort à l'âge de 33 ans, en 1983, le frère Grégoire Philippe avait composé cette pièce pour trois koras (ténor, alto, soprano) jouées
par lui-même pour l'enregistrement paru dans Koras concertantes.
Patiemment retranscrite note par note, cette sorte de cantate de la Résurrection est jouée ici de nouveau par l'un des frères de Keur Moussa,
en mémoire de celui qui a contribué de toute son âme à l'adaptation de la kora mandingue pour la prière.
Au n° 3, le chœur des moines, accompagné du balafon balante, chante le cantique de la Vierge Marie, Mon âme exalte le Seigneur,
alterné avec les paroles du Christ en saint Jean (6, 54), « Celui qui mange ma Chair et boit mon Sang a la vie éternelle ».
Au n° 4, deux koras élèvent à nouveau nos regards vers la lumière dans la pièce intitulée Chant des montées, jouée ici pour la première fois
avec le développement du thème sur les 21 cordes de la harpe africaine.
Le psaume 91 (92) du n° 5 est un chant d'action de grâce par le chœur des moines, accompagné de deux koras.
Les n° 6 à 9 forment la Suite pour Kora intitulée Les enfants de la lumière, composée et jouée ici par Carole Audet-Ouellet.
Cette œuvre est le fruit de longues et patientes heures de travail et de recherches à travers le vécu de l'artiste en terre africaine
depuis de nombreuses années.
Habile synthèse qui ne renie aucune de ses sources, Canada, Keur Moussa, griots mandingues, et surtout Karim et Saramé,
« les enfants de la lumière » du foyer de Carole Ouellet. C'est à eux que s'adresse, comme une parole de Sage,
cette Suite dont on ne se lasse pas d'écouter les riches variations : le n° 6 est la Parole de la mère révélant à ses enfants le mystère de la kora africaine.
La Rencontre du Ceddo (prononcez tiéddo) (n° 7), légendaire conquérant mandingue, va plus loin dans cette découverte des valeurs de l'Afrique,
méditée ensuite (n° 8) dans le cœur, Hol, en Ouolof. La Suite s'achève en apothéose avec la Parole de Fodé (n° 9),
nom du maître koraïste traditionnel, historien de son ethnie et Sage de tous les temps.
Au n° 10, le chœur des moines chante les grands textes d'Isaïe (62, 6) Sur tes murailles Jérusalem, j'ai posté des veilleurs : ni le jour, ni la nuit, jamais ils ne doivent se taire. Percussions de calebasse et arpèges de koras font pour ainsi dire danser cette vieille prophétie de l'Ancien Testament, qui vibre sous le ciel d'Afrique !
Et c'est encore un long chant d'espérance et de joie qui se fait entendre dans les n° 11 à 13 : Suite pour flûte et koras. Banéhu len II. La cassette Koras concertantes a fait connaître le thème de cette Suite, dialogue entre les koras soprano, alto et tenor. Dans le présent enregistrement, les moines de Keur Moussa ont fait appel au flûtiste russe Evagani Ganine, qui, en respectant l'écriture et la modalité de la kora soprano, a composé une voix pour la flûte traversière : bel exemple d'un métissage culturel, alliant l'Afrique à l'Europe de l'Ouest et de l'Est ! Le CD se conclut ainsi par ce symbole d'unité des peuples autour de la beauté où Dieu se cache.
NOTE SUR LA KORA
Parmi les instruments à cordes de l'Afrique noire, la Kora est le plus noble, tant par ses origines, puisqu'elle se faisait entendre à la cour des empereurs mandingues, que par la pureté de son timbre mélodieux, proche de celui de la harpe. Le génie de ses inventeurs lointains et inconnus a choisi pour caisse de résonance une demi-calebasse, grosse courge assez répandue dans le Sahel, sur laquelle est tendue une peau de bœuf. Vingt et une cordes s'accrochent à une longue hampe de bois par des anneaux de cuir. Le griot (barde) mandingue tient sa kora par deux antennes fixées de part et d'autre de la hampe, et pince les cordes de ses index et de ses pouces, qu'il a gardés libres. Tel est l'instrument qu'entendirent quelques moines de l'abbaye de Solesmes (France), lors de leur arrivée en 1963 au monastère de Keur Moussa, qu'ils venaient de fonder au Sénégal. Enthousiasmés par sa beauté, ils s'initièrent à son jeu avec l'aide de koraïstes traditionnels ; puis ils l'adaptèrent à leur prière chantée. En 1973, les moines inventèrent un système d'attache des cordes par des clefs, afin de permettre une meilleure stabilisation de l'accord. Un atelier de fabrication, dirigé par les moines, construit la kora de Keur Moussa, véritable instrument de lutherie, qui a gardé l'essentiel de la kora traditionnelle, puisque les griots mandingues n'hésitent pas à interpréter leur répertoire sur les koras sorties de l'atelier des moines. Des Méthodes et des partitions ont été publiées également par leurs soins.

