Comment avons-nous financé ce Centre de Formation agricole et d'élevage ?
Où trouver le financement d'un tel ensemble ? Les dépenses étaient assez considérables : constructions... salaires des enseignants... cantine, fournitures de classe, du maraîchage, de l'élevage. Dans nos pays européens, les familles des élèves paient des scolarités souvent élevées pour les écoles privées. Au Sénégal, on ne pouvait demander que peu de chose, plutôt symbolique, surtout dans les années de sécheresse, il y eut dès le début des dons importants. Certains même furent renouvelés. Ainsi la paroisse Sainte Marguerite de Paris soutient les frais de cantine depuis 1973. L'œuvre Pontificale de l'Enfance Missionnaire nous aida aussi beaucoup, de même que de nombreux Amis. Mais le soutien essentiel nous est venu des « parrainages internationaux ». Nous en devons l'idée à Madame Carraz, une amie très fidèle de Solesmes, qui nous en fit connaître l'Association, l'U.I.P.E., à laquelle elle travaillait depuis quarante ans. Une collaboration très intense et précise se déroula ainsi: chaque trimestre, une famille envoie pour un enfant donné une somme forfaitaire pour sa scolarité, ses fournitures et son habillement. En contrepartie, l'enfant entretient une relation épistolaire avec cette famille. Il arrive que certains parrainages durent très longtemps et soient l'occasion d'une véritable amitié entre les deux parties. Le Frère Jacques Léturmy fut l'intermédiaire entre l'U.I.P.E. et Keur Moussa, veillant à l'utilisation des fonds et aux lettres des enfants. A partir de 1973, l'U.I.P.E. s'orienta vers les collectivités importantes et cessa donc cette aide si précieuse.
Cet organisme fut heureusement relayé par le CANSAVE de Toronto jusqu'en 1987. Cette fois-ci, tout le travail dut se faire en anglais. Un Frère enseignant canadien, en résidence au Sénégal, accepta de prendre en charge les traductions. Le réseau des parrainages devint alors si important qu'on dut retendre à plusieurs autres écoles pour répondre aux demandes canadiennes. On atteignit ainsi le chiffre de 268 enfants parrainés . A son tour le CANSAVE changea de direction et de politique de développement (avant la cessation définitive de son action au Sénégal (Mars 1987).
Mais, un peu avant ce moment, des liens se nouaient avec le CFPE de Paris (Centre Français de Protection de l'Enfance) et Monsieur Jean-Claude Fortot, responsable du secteur " Promotion et Développement ". Cette fois, la formule se rapprochait de celle des jumelages. Certaines écoles de France faisaient des actions ponctuelles en faveur de celle de Keur Moussa; d'autres renouvelaient ces actions chaque année. Monsieur Fortot coordonna toutes ces bonnes volontés dans le système de " la carte scolaire ", sorte de souscription qui, grâce à lui, prit une rapide extension. Les contacts se multiplièrent avec diverses régions de France. Un collège de Camon, proche d'Amiens, envoya même sept de ses élèves en voyage d'étude au Sénégal et le directeur de notre école, Monsieur Faye, put venir en France et parler de son travail dans les classes intéressées.
Deux opérations furent très remarquées : le financement de la construction de notre " Centre de Formation d'agriculture et d'élevage ", et une "collecte de manuels scolaires réformés". Vingt-cinq tonnes de livres (avec l'aide de l'Armée et de la Marine françaises) furent distribuées au Sénégal, Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Congo, Tchad, Zaïre, et Madagascar ! Enfin, en mai 1989, pour aider au financement dé la nouvelle garderie, le CFPE organisa une super-tombola qui connut un vif succès.
Nos Amis comprennent que derrière cette énumération un peu sèche, se cachent des dévouements inlassables, d'authentiques sacrifices d'enfants et d'adultes, et beaucoup de compétence et d'ingéniosité. Mais cette œuvre scolaire de Keur Moussa a demandé surtout la foi en la Providence. Car celle-ci est toujours intervenue au moment opportun en donnant une solution neuve à des problèmes apparemment insolubles. Que nos Amis, qui continuent à s'intéresser si nombreux à l'école, trouvent ici l'expression de notre vive gratitude.

